QBI-QGO

Code « Q »

   C’était un matin de l’hiver 1952 / 53.

Le « Poitou » volait à Chartres, sur A.A.C.  1 « Toucan », trimoteur en tôle ondulée, plus familièrement appelé « Julie », trois hélices à pas fixe, le train d’atterrissage définitivement sorti d’origine.

      Bien équipé de surcroît, avec une boite « GEE », système hyperbolique de navigation dont seuls les navigateurs ayant « fait » l’Angleterre en 1940 / 45 connaissaient tous les secrets, et un Radio-Compas E.Z. 6, dont le cadre plat était appelé « crocodile », et qui donnait des renseignements intéressants quand il n’était pas en panne.

      Il y avait aussi dans l’équipage un radio-navigant, dont on nous avait dit lors du macaronage qu’il était « l’ange gardien de l’équipage », ce qui lui permettait de recevoir en graphie (Morse) toutes sortes de lignes de position telles que QTE, QDR ou QDM (1).

 

      La base de Chartres n’étant pas pourvue d’une escale, le départ des missions se faisait au Bourget ou nous nous mettions en place la veille.

      Donc ce matin là, après avoir passé la nuit dans un hôtel parisien, nous sommes arrivés très tôt au Bourget, pour partir, vers Alger je crois, mais hélas, il y avait un épais brouillard. Le Bourget était en QGO. Nous attendions dans l’aérogare, avec les équipages et les passagers des avions civils qui étaient bloqués comme nous. Tout à coup, vers neuf heures, la voix suave de l’hôtesse de service s’est faite entendre pour annoncer :

«   . . . . par suite d’une légère amélioration de la météo, le QGO est levé pour les avions de plus de deux moteurs. Le QBI est en vigueur pour ceux qui décolleront. »

      Alors, nous sommes allé au BIA (2) pour activer notre plan de vol et consulter la dernière météo. Le contrôleur, surpris, était plutôt réticent pour nous laisser partir, mais il a du admettre qu’avec trois moteurs nous en avions plus de deux, et que le QGO était levé pour nous.

      Et nous sommes partis derrière un D.C. 4, pendant que les D.C. 3, Vickers Viking, Convair 340, et d’autres bimoteurs modernes (pour l’époque) et bien mieux équipés que nous, restaient cloués au sol.

      J’aurais aimé voir la tête de leurs équipages nous regardant rouler.

 

         Brave « Julie » qui nous promenait à 180 Kmh et à des petits niveaux. On avait largement le temps d’admirer le paysage..

      Et j’ai toujours le cœur un peu serré, quand je vais au Bourget, et que je revois cette aérogare silencieuse, transformée en dortoir pour avions de 14 / 18, alors que nous l’avons connue vivante, pleine de passagers, d’équipages et d’agents des différentes compagnies, se croisant dans un joyeux brouhaha, au gré des hauts parleurs annonçant les départs ou les arrivées.

 (1)   

QGO:  Décollage et Atterrissages interdits.

QBI:  Décollage et Atterrissages aux instruments autorisés. (Code supprimé)

QTE  :  Relèvement vrai.

QDR : Relèvement magnétique.

QDM :  Cap magnétique vers la station.

 

Mais qui connaît encore les codes Q ? . . .

 

(2)  

BIA : Bureau d’Informations Aéronautiques

                              Robert Chauvin.